Gadget Vista
High-tech & gadgets

Caméra de surveillance : la déclaration CNIL a disparu, pas l’autorisation préfectorale

Élise Perraudin 8 min de lecture
Doit on déclarer une caméra de surveillance : caméra dans un couloir, autorisation préfectorale

En règle générale, il n’existe plus de déclaration préalable systématique à la CNIL pour installer une caméra de surveillance. La vraie question est plutôt : quel lieu est filmé et quelles personnes apparaissent dans le champ de la caméra ? Une caméra limitée à un espace privé ne suit pas le même régime qu’un dispositif installé dans un commerce, une entreprise ou une zone ouverte au public. Dans ce dernier cas, une autorisation de la préfecture peut être nécessaire.

Déclaration CNIL, autorisation préfectorale : la distinction essentielle

Depuis l’entrée en application du RGPD, les responsables de traitement ne réalisent plus de déclaration générale de leurs caméras auprès de la CNIL. Cette suppression ne signifie pas qu’un dispositif est libre de toute règle : l’organisation qui filme doit respecter le RGPD, la vie privée et, selon les lieux, demander une autorisation administrative.

Situation filmée Déclaration à la CNIL Autorisation préfectorale Points de vigilance
Domicile et terrain strictement privés Non Non Ne pas filmer la rue, le trottoir ni les voisins
Entreprise, entrepôt ou exploitation agricole non accessibles au public Non Non, en principe RGPD, information, registre et proportionnalité
Commerce, accueil, caisse ou autre lieu ouvert au public Non Oui, à demander avant la mise en service Information visible et protection des images
Voie publique ou espace public Non Régime spécifique de vidéoprotection Dispositif encadré par les autorités compétentes

Le terme vidéosurveillance désigne couramment les caméras installées dans un espace privé, tandis que la vidéoprotection concerne habituellement les dispositifs filmant des lieux ouverts au public. Dans les faits, ce n’est pas l’étiquette commerciale de la caméra qui compte, mais son champ de vision et la finalité poursuivie : protéger un accès, prévenir les vols ou sécuriser une zone sensible, par exemple.

À domicile : filmer chez soi sans empiéter sur la vie privée des autres

Un particulier peut installer une caméra dans son logement, son jardin, son garage ou devant sa porte sans déclaration, lorsque les images restent limitées à sa propriété. Il peut aussi consulter les enregistrements ou les confier à des personnes qu’il a expressément autorisées. Cette utilisation exclusivement personnelle reste toutefois conditionnée au respect de la vie privée.

La rue et le jardin du voisin doivent rester hors champ

Une caméra privée ne doit pas filmer la voie publique, même si l’objectif est de surveiller son portail ou son véhicule. Elle ne doit pas davantage capter le jardin voisin, ses fenêtres, son entrée ou tout espace appartenant à un tiers. Il est donc utile de vérifier l’image affichée de jour comme de nuit, car la vision nocturne peut élargir la zone réellement visible.

La bonne méthode consiste à orienter l’objectif vers le seuil, le portail ou l’allée privée, puis à utiliser les fonctions de masquage proposées par certains appareils. Une zone noire permanente peut empêcher l’enregistrement d’une partie de l’image qui dépasse la limite de propriété. Ce réglage est souvent plus fiable qu’une simple orientation approximative.

Locataire, copropriété et salarié à domicile

Un locataire peut choisir une caméra sans fil ou posée sans transformation durable. En revanche, un perçage, un câblage apparent ou une fixation modifiant le logement peut nécessiter l’accord du propriétaire. Dans une copropriété, les parties communes ne peuvent pas être placées sous la caméra d’un seul copropriétaire : la décision relève du cadre collectif applicable à l’immeuble.

La présence d’une aide à domicile, d’un employé de ménage ou d’un autre intervenant ne justifie pas une surveillance discrète. La personne doit être informée de l’existence des caméras, de leur emplacement et de leur objectif. Filmer en continu une personne pendant son travail serait difficile à justifier au regard du principe de proportionnalité.

Entreprise, commerce et exploitation : choisir la bonne démarche avant l’installation

Zones réservées au personnel : pas d’autorisation, mais des obligations RGPD

Dans des bureaux, un atelier, un entrepôt ou une exploitation agricole non ouverts au public, aucune déclaration CNIL ni autorisation préfectorale n’est normalement requise pour le seul fait d’installer des caméras. L’employeur ou l’exploitant reste néanmoins responsable du traitement des images. Il doit justifier une finalité légitime, limiter le dispositif au nécessaire et éviter de placer les salariés sous surveillance permanente.

Les caméras peuvent contribuer à sécuriser un accès, une réserve, un hangar, du matériel ou une zone présentant un risque particulier. Elles ne doivent pas devenir un outil de contrôle continu des gestes de travail. Vestiaires, sanitaires, salles de pause et espaces assimilés sont, par nature, incompatibles avec ce type de captation.

Commerce et accueil du public : l’autorisation de la préfecture

Lorsqu’un dispositif filme un lieu ouvert au public, comme une surface de vente, une zone de caisse, un hall d’accueil ou les abords accessibles de l’établissement, une demande d’autorisation doit être adressée à la préfecture avant la mise en service. À Paris, la démarche relève de la préfecture de police. Le dossier doit notamment permettre d’identifier le responsable, la finalité du système, les zones filmées et les modalités de gestion des images.

Pour une exploitation agricole, le critère reste identique : une caméra visant un hangar ou un chemin strictement privé se distingue d’un dispositif qui filme une boutique à la ferme, un espace de vente ou une zone accueillant des visiteurs. Ce n’est donc pas le secteur d’activité qui commande la formalité, mais l’accès du public à la zone concernée.

Avant de fixer une caméra, mieux vaut visualiser son champ de vision précisément : chaque degré d’orientation déplace la zone couverte et peut faire basculer le dispositif d’une protection légitime à une captation intrusive. Un objectif placé haut et serré sur une porte, une caisse ou un portail est généralement plus défendable qu’un plan large couvrant inutilement les déplacements, les postes de travail ou les parcelles voisines.

Les règles RGPD qui restent applicables sans déclaration

L’absence de déclaration auprès de la CNIL ne dispense jamais une entreprise, un commerce ou une collectivité de ses obligations. Les images identifiant des personnes constituent des données personnelles. Le responsable du dispositif doit donc pouvoir démontrer que sa surveillance est nécessaire, adaptée et correctement sécurisée.

Informer clairement les personnes filmées

Salariés, visiteurs, clients et prestataires doivent être avertis avant d’entrer dans la zone filmée. Un affichage visible à l’entrée ou à proximité de la zone concernée doit signaler l’existence des caméras, la finalité du dispositif, l’identité du responsable et les modalités permettant d’exercer leurs droits. L’information des salariés doit être particulièrement soignée lorsque les caméras sont installées sur leur lieu de travail.

Restreindre l’accès et maîtriser la conservation

Les images ne doivent être accessibles qu’aux personnes habilitées : dirigeant, responsable sécurité ou personnel désigné selon l’organisation. Il convient de protéger les comptes d’accès par des mots de passe robustes, de limiter les droits de consultation et de garder une trace des opérations sensibles. L’accès distant depuis un téléphone ou un ordinateur mérite la même vigilance.

La durée de conservation doit rester cohérente avec l’objectif de sécurité et ne pas être fixée par confort. Les enregistrements utiles à un incident peuvent être isolés et conservés pour les besoins de la procédure concernée. Les personnes filmées disposent également de droits, notamment d’accès à leurs données, à exercer auprès du responsable de traitement.

Vérifications à effectuer avant de mettre une caméra en service

  1. Définir la finalité : protection d’une entrée, prévention des intrusions, sécurisation d’une caisse ou d’un stock.
  2. Délimiter précisément le champ : exclure voie publique, propriété voisine, zones de repos et espaces privés.
  3. Qualifier le lieu : vérifier s’il est non ouvert ou ouvert au public afin d’identifier une éventuelle autorisation préfectorale.
  4. Préparer l’information : installer une signalétique et informer les salariés ou intervenants concernés.
  5. Organiser les images : désigner les personnes habilitées, sécuriser les accès et définir une durée de conservation justifiée.
  6. Documenter le traitement : inscrire le dispositif dans le registre des activités de traitement de l’organisation et solliciter le DPO s’il existe.

Une analyse d’impact relative à la protection des données peut être requise en cas de surveillance systématique à grande échelle d’une zone accessible au public. En cas de doute sur le périmètre filmé ou la démarche préfectorale, les ressources de la CNIL permettent de vérifier les règles applicables avant de commander ou d’activer l’équipement.

Élise Perraudin

Partager cet article

Retour en haut